Évidemment j'ai lu ce qu'on a pu écrire sur le commerce du lait d'ici et vu quantité de films et de reportages ; malgré ma méfiance à l'égard de la duplicité des médias, je sais ce qu'il y a de vrai dans leurs enquêtes à sensation ; l'inconscience ou l'âpreté de la plupart des laboureurs, la misère ambiante, le maquereautage généralisé où crapahutent lait caillé et petit-lait, les montagnes de radis que cela rapporte quand les pégreux n'en retirent que des miettes, les ogm qui font des ravages et les irradie, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic.
Je m'arrange avec une bonne dose de lâcheté ordinaire, je casse le marché pour étouffer mes scrupules, je me fais des poyas, je mets du sentiment partout, je n'arrête pas d'y penser mais cela ne m'empêche pas d'y retourner. Tous ces rituels de comptoir aux tracteurs, de marché aux boilles m'excitent énormément. La lumière est moche, la musique tape sur les nerfs, les shows sont sinistres et on pourrait juger qu'un tel spectacle, abominable d'un point de vue moral, est aussi d'une vulgarité repoussante.
Mais il me plaît au-delà du raisonnable. La profusion de campagnards très attrayants, et immédiatement disponibles, me met dans un état de désir que je n'ai plus besoin de refréner ou d'occulter. L'alcool et le sexe, je suis au c½ur de mon système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu'on ne me refusera pas.
La morale rural, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclat ; et que la fédération suisse des aveugles et malvoyants aille à sa perte, comme dirait l'autre...